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L' ENFANT de l'ARBRE ( conte de printemps )

Né en avril de père et de mère inconnus, il avait dû creuser sa généalogie en scrutant dans le miroir des eaux puis en comparant ses traits à ceux des autres gars et filles du village quand il y fut admis.

La couleur de son regard était une sorte d'émail rappelant les trous d'azur de la face du maire. Mais le tonnerre dedans - quand il voulait faire peur aux lézards, aux serpents - résonnait comme l'enclume du maréchal ferrant. Ce qui l'aiguillait sur une piste de colère susceptible de conduire au caractère de sa mère. Était-ce une sorcière ou une simple fée?

Comme l'indiquait aussi une légende roumaine, il pouvait être issu du bourgeonnement qui s'empare des branches des arbres avec cette frénésie de la mi-février en région tempérée.

Et si sa mère était une Vierge Marie abandonnée enceinte qui aurait confié son fruit à une boule de gui pour le mûrir comme au creux d'un nid, d'un berceau, d'une nacelle recouverte de toile d'araignée en guise de dentelle? Pour le rouler à l'intérieur de ce bouquet de bulles blanches ouvertes à claire-voie sur les flots de lumière?

Ou une bûcheronne au corps de résine dorée, de poix plantée de plumes à force de se rouler dans la neige glacée quand les poux dévorent et qu'on ne peut se laver parce que le lac est gelé? Plongeant au fond des lacs où l'eau est plus douce, plus transparente et pure. Se balançant en cigogne devenue acrobate aux flèches des clochers? Brûlante de fièvre , elle avait pu se frotter contre le fût d'un chêne, d'un frêne, d'un églantier pour permettre à ses pores de s'aérer, respirer...

C'est au cours de telles étreintes que des enfants sauvages furent souvent conçus ( en territoire roumain).

Quand sa mère s'envola vers le ciel des pays chauds, on ne le lui dit pas tant on était certain qu'elle viendrait le chercher à sa majorité. Certains considéraient qu'il fallait le placer dans un orphelinat quand une louve et un aigle eurent une meilleure idée. L'emmener en forêt, là où il était né pour le laisser grandir à l'instar de Mowgli mais dans la compagnie de bêtes et plantes d'Europe...

C'était là que sa grande sœur, qui venait d'avoir trois ans, l'avait enfin trouvé âgé d'une heure ou deux et le mit dans un panier bien tapissé de mousse...

Extrait de ' Arbres et mots' , 2009-2014.

L'enfant de l'arbre

L'enfant de l'arbre