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Au-dessus des DIRNDLS...

Au-dessus des dirndls des fleurs blanches et dorées , il y a des nuages en coiffes que l'on peut ébouriffer... Et qui sait peut-être carder pour en composer des plaids de véritable mohair comme on en vend dans les boutiques d'artisanat monastique ? Le trouvère-troubadour grimpe donc de plus en plus haut. Il a entendu parler d'incroyables mers de givres générant des vêtements qui permettraient d'épargner les agnelles, les moutons... Liqueur bleue pour le regard, mousse brûlante pour les mains, moufles pour peu qu'on les touche, rouges brûlures quand on les porte comme son sang contre son cœur.

Il sait qu'il trouvera ces matières en haut de la tour la plus haute. Celle qui domine le gemmail, le vitrail et le poitrail d'une Strasbourg assoupie dans son armure sous tenailles, Strasbourg mort en ennemi à cette heure de la nuit où les fleurs jaunes sont closes et où les blanches bataillent pour demeurer verrouillées. Une cité abîmée, épées au fond de la gorge. Une troupe de Morisques est venue les lui enfoncer jusqu'à la garde, une à une, lors de son dernier ballet.

Agrippé contre la pente grâce à ses longues poulaines qui lui servent de crampons, le jeune homme domine le carnage, moitié ange moitié bouffon.

Il n'aspire pas vraiment à devenir cosmonaute. Il n'ambitionne pas du tout de perforer le présent. Il préférerait en fait sauter à pieds joints dedans. Il pourrait se marier ( à une sirène catholique ). Engendrer autant d'enfants qu'il en faut pour une cordée à qui permettre d'admirer - outre l'horloge florale au-delà des océans - les vingt-quatre soleils de minuit faisant la roue en Alaska, transcrire leurs histoires en vers, en composer le vitrail en deux couleurs: blanc sur noir, une variation romane sur un tableau de Soulages.

Il veut devenir Poète et Poète à son époque, signifie à peine ' trouvère'. Comme Nerval ou Baudelaire... Quoique près de deux siècles plus tard... Syphilitiques, suicidaires, rien du cavalier pasteur ni même du gai laboureur ... Quoique le ciel soit un domaine que deux mains peuvent labourer, quoique la lune soit un oiseau qu'un fauconnier monté haut est capable d'apprivoiser, capuchonner, baguer, quoique les nuages soient des champs que les nègres littéraires doivent apprendre à moissonner...

Mais voici qu'en se penchant, le poète manque une marche, qu'en se dévissant le cou pour vérifier que les Morisques ont bien quitté le terrain, il s'effondre dans le néant...

Il tombe, tombe, tombe, tombe comme sous une arche qui n'est même pas de Noé, il s'effondre comme Lluis Llach en train de vocaliser. Va-t-il atteindre le pavage peut-être métallisé? Capable d'absorber son sang tel un calcaire assoiffé? Le teinter en or et rouge ( or comme son excellent petit cœur, pourpre comme la gloire qui l'attend: impériale, cardinalice ) ? Et pétrifier d'horreur les gens qui traverseront demain cette Place aux Marchands, qui le prendront pour un vautour qu'une lance a transpercé? Va-t-il s'éteindre par terre en oriflamme sang et or ? S'achever comme un CD qui agonise sur la platine quand on débranche le courant? Se décolorer au sol tel un chiffon catalan et non... ?

Non.

Un miracle se produit.

Voilà qu'une fusée dorée l'emporte dans un espace désormais pourvu de rails allant dans la direction que trace la tour la plus haute. Aire céleste urbanistique où croisent vaisseaux carminés et drôles ballons planétaires brillant comme des ostensoirs dans une harmonie pareille à celle qui montrait jadis sur les sentiers de villages les tricycles et les vélos ...

( A SUIVRE)

 

Extrait de  "La cathédrale de Strasbourg" - septembre 2011- avril 2015.

 

Le poète aux longues poulaines sur le point d'être emporté par une fusée dorée

Le poète aux longues poulaines sur le point d'être emporté par une fusée dorée